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27 mai 2026 • ACTUALITÉS

[Mobilité Erasmus+] Retour d’expérience en crèche suédoise

Projet mis en place dans le cadre des épicènes de Crescendo, l’immersion en crèche européenne via les mobilités Erasmus + est une occasion unique d’observer de nouvelles pédagogies et d’échanger sur d’autres pratiques professionnelles. Retour d’expérience norvégienne de Perrine Malka, psychomotricienne chez Crescendo.

Où avez-vous effectué votre séjour ?
J’ai passé deux jours en immersion dans une crèche municipale située à Skien, en Norvège, dans le cadre d’une mobilité Erasmus +. L’objectif initial était d’observer les pratiques autour de la déconstruction des stéréotypes de genre en petite enfance. Très rapidement, nos échanges avec l’équipe ont dépassé cette seule question.

Quelles étaient vos attentes quant à cette mobilité ?
J’avais envie de découvrir les pratiques scandinaves plus largement : comprendre comment s’organise le quotidien des enfants, comment les espaces sont pensés, quelle place est donnée à l’autonomie, au dehors, aux émotions, aux relations… et surtout voir tout cela concrètement en action.

Pouvez-vous présenter la structure, l’équipe ?
La crèche accueille environ 50 enfants de 1 à 6 ans, dans 4 sections qui fonctionnent un peu comme de petits appartements, avec des espaces assez simples, peu surchargés, pensés pour soutenir l’autonomie et la concentration des enfants. L’équipe est composée de 11 femmes et 4 hommes avec des intervenants extérieurs, stagiaires, enseignante spécialisée, etc, qui viennent ponctuellement la compléter.

Comment avez-vous été accueillie ?
Avec beaucoup de bienveillance de la part de toute l’équipe et notamment de la responsable de la structure, Lisbeth Kristiansen. Nous avons vraiment eu l’impression d’être intégrées au quotidien de la crèche, avec beaucoup de disponibilité pour répondre à nos questions, expliquer leurs pratiques et partager leurs réflexions. Je serais bien restée une semaine entière avec eux !

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?
J’ai été marquée par la sérénité qui régnait au sein de la crèche, le calme de l’équipe et des enfants. Ici, pas de gestes brusques de la part des professionnels mais au contraire, une gestuelle très fluide, comme une chorégraphie. Le ton n’est jamais haussé sans pour autant que tout soit permis. L’observation fine et le taux d’encadrement élevé permettent à l’équipe de se rendre facilement disponible et de s’adapter aux besoins de chaque enfant. Il est aussi important de souligner que depuis les années 1980, la violence éducative ordinaire est interdite en Norvège. C’est toute une culture, toute une société qui prône cette bienveillance envers l’autre, tout comme la question de l’éducation filles-garçons.

Justement, qu’avez-vous observé au sein de la crèche en matière d’éducation égalitaire ?
La Norvège travaille depuis longtemps sur la question des stéréotypes de genre, notamment sous l’influence de modèles pédagogiques islandais et suédois. Dans cette crèche, cela se traduit surtout par une grande vigilance dans le quotidien. Par exemple, un groupe d’enfants observait une grue sur un chantier voisin et Lisbeth a parlé de “la conductrice de la grue”. C’est un détail, mais cela ouvre immédiatement une possibilité dans l’imaginaire des enfants.

L’équipe observe aussi beaucoup qui prend la place dans certains jeux ou certaines activités. Par exemple, sur le mur d’escalade, les garçons avaient tendance à occuper tout l’espace. L’équipe a alors proposé pendant quelques temps des séances uniquement entre filles, afin qu’elles puissent prendre confiance et expérimenter sans comparaison immédiate. À l’inverse, lors des activités de dessin, certains garçons se sentaient moins compétents et se retiraient rapidement. Des temps en petits groupes entre garçons ont permis de restaurer le plaisir de dessiner et la confiance avant un retour à des activités mixtes.

L’idée n’est pas de séparer filles et garçons de manière systématique, ni d’en faire absolument les mêmes, mais plutôt d’observer qui ose quoi, qui accède à quelles expériences, et comment l’adulte peut ouvrir davantage de possibilités à chacun. C’est vraiment cette idée “d’ouverture des possibles” que je retiens de leur pédagogie.

Une idée ramenée dans votre valise ?
Je suis revenue avec beaucoup d’idées autour de la communication visuelle et des supports accessibles aux enfants. Dans la crèche, tout était très lisible : les étapes pour aller dehors, le déroulé de la journée, les activités disponibles, le lavage des mains, les places des enfants… Ces supports étaient utilisés pour tous les enfants, pas seulement pour ceux ayant des besoins spécifiques.

Je suis aussi revenue avec plusieurs ressources très inspirantes, notamment un livre suédois qui s’appellerait en français Donnez-leur 100 possibilités au lieu de 2, autour de l’éducation égalitaire et de l’ouverture des possibles chez les jeunes enfants. Malheureusement, il n’a pas encore été traduit, avis aux maisons d’éditions !

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